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15 septembre 2026


 

 

 

 

Madame Butterfly (Mary Pickford) à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé



Il y a plus d'un an, deux films de Sidney Olcott étaient projetés à la Cinémathèque française à Paris. Deux films sur la guerre de Sécession, tournés en Floride : The Girl Spy Before Vicksburg (1911 - Kalem) et Further Adventures of the Girl Spy (1910 - Kalam). Deux films d'une-bobine avec Gene Gauntier.

Cette fois, c'est la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé qui propose une nouveau film signé Olcott. Un cinq-bobines (1h17) : Madame Butterfly (1915), drame japonisant avec celle qui s'affirme comme la plus grande star féminine du cinéma américain : Mary Pickford. Le film fait partie d'une grande rétrospective consacrée à la Petite fiancée de l'Amérique qui court du 2 septembre au 20 octobre.

46 films qui balaient sa carrière de 1908 à 1927. 21 courts métrages signés David W. Griffith qui lui mit le pied à l'étrier et 25 longs métrages: des classiques signés par les plus grands réalisateurs du muet : Tess of the Storm (1914) d'Edwin S. Porter, Cinderella (1914) de James Kirwood, Poor Little Rich (Girl (1917) de Maurice Tourneur, The Little American (1917) de Cecil B. DeMille, Dady-Long-Legs (1919) de Marshall Neilan, Rosita (1923) d'Ernst Lubitsch...

Lorsque Madame Butterfly sort le 8 novembre 1915 aux États-Unis. La critique de l'heddomadaire professionnel The Moving Picture World du 13 novembre 1915, p.1323 est élogieuse. « Madame Butterfly » (...) se distingue par un jeu d’acteurs raffiné, une mise en scène splendide et une photographie magnifique. Dans le rôle de Cho-Cho-San, cette jeune Japonaise qui sert de jouet à un officier de la marine américaine en permission (...), Mary Pickford est remarquable. Elle interprète son rôle avec une habileté et une sensibilité qui font ressortir toute la tragédie de la vie de Cho-Cho-San, sans pour autant négliger les occasions d’apporter des moments de gaieté.
« Madame Butterfly » rendra un hommage mérité à Sid Olcott, son producteur, pour le soin infini et le talent artistique avec lesquels il a mené à bien son travail. Il n’a pas ménagé ses efforts pour recréer l’atmosphère souhaitée. Pour ses scènes en extérieur, il a mis en place de vastes jardins japonais : des lacs miniatures, des allées, des arbres miniatures, des bâtiments. Ses décors témoignent eux aussi d’un grand savoir-faire. Ses acteurs restituent fidèlement toutes les excentricités des coutumes japonaises, toutes les cérémonies pittoresques qui ponctuent la vie quotidienne, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur des maisons. De même, le mariage japonais est mis en scène avec une grande richesse de détails.
La distribution est excellente. (...) »

Pas un mot sur les conditions de tournage qui fut orageux. Mary Picford ne pouvait souffrir Sidney Olcott. « Je ne l'aimais pas, avoue-t-elle à Kevin Brownlow (1). Je n'aurais jamais dû faire appel à lui (...) Je ne le tenais pas en grande estime en tant que réalisateur. »
Selon Jack Spears, elle le trouvait « totalement indifférent à tout le monde sauf à lui-même », et lorsqu'il dirigeait « brusque et déraisonnable ». 

Elle n'aimait pas qu'il mette autant de temps à préparer les plans avec son opérateur Hal Young. Olcott trouvait son jeu trop exubérant alors qu'il aurait aimé plus de retenue asiatique. Pickford se plaint auprès de Zukor que le film manquait d'action. Elle suggéra même de confier la réalisateur à Marshall Neilan, l'acteur principal, qui avait « de bonnes idées de mise en scène qui permettraient de le dynamiser ». (2)
Chacun quitta le plateau à tour de rôle, interrompant le tournage pour finalement revenir grâce à la diplomatie de Zukor qui ne voulait ni se séparer d'Olcott qu'il avait réussi à faire venir chez Famous Players et encore moins de sa star.








Madame Butterfly fut un succès artistique et critique. Outre The Moving Picture World, voici quelques extraits de la presse américaine :

- « Mary Pickford a créé sa propre Madame Butterfly, qui connaîtra très certainement le même succès que celui dont ont bénéficié ses rôles précédents. »(Motion Picture News - 20 novembre 1915, p. 80).

- « "Madame Butterfly"  ne fera pas vibrer le public ; l'histoire est simple et son attrait ne réside pas dans une action dramatique haletante, mais elle est plus riche en pathos que n'importe quelle autre histoire portée à l'écran. »
(Motography - 27 novembre 1915, p. 1444).

- « La version cinématographique de « Madame Butterfly » est une « Butterfly » dont toute la tragédie est tellement atténuée qu’elle en est pratiquement effacée. Ce n’est pas un film dramatique, mais plutôt une histoire racontée en images, dont l’intensité dramatique est suggérée et laissée à l’imagination plutôt que montrée. Pourtant, dans l’ensemble, c’est un film très agréable, car il a été merveilleusement bien réalisé. C’est un chef-d’œuvre de l’art photographique et de la mise en scène du début à la fin, et l’absence de tension émotionnelle est compensée par la beauté de la photographie, le charme rare du décor japonais et la douceur et la candeur séduisantes de Marv Pickford. » (New York Dramatic Mirror - 20 novembre 1915, p. 28).

- « Les mots ne suffisent pas à décrire la beauté et le talent artistique de l'ensemble : la mise en scène, la photographie, la cohérence et l'excellent jeu des seconds rôles, et surtout, Mary Pickford. La Famous Players n'a jamais produit de meilleur long métrage – et personne d'autre non plus, d'ailleurs. » (Variety, 12 novembre 1915, p. 22).

Spear affirme qu'il ne fut pas un succès commercial car le public de Mary ne l’appréciait pas dans le rôle d’une jeune Japonaise qui se suicide. (2)

Pour ceux qui ne pourraient assister le 24 septembre 2026,à la projection à la Fondation Jérôme Seydoux-Pathé, voici le film en vidéo. Une copie de qualité médiocre avec un time code au milieu.

Après ce tournage chaotique, il est étonnant de retrouver le couple à l'affiche de Poor Little Peppina (1916 - Famous Players). Une histoire d'une fillette américaine enlevée par la mafia en Italie. Élevée dans une famille mafieuse, elle fuit en Amérique pour échapper à un mariage. Grimée en garçon, elle débarque à New York. Après de multiples aventures, elle retrouve ses parents.
Il fallut toute la force de persuasion d'Adolphe Zukor pour qu'Olcott acceptat de diriger Mary Picford. « Nous avons réussi à mener à bien "Poor Little Peppina", mais uniquement parce que j’ai serré les dents et fait ce qu’on me disait. Zukor me tapotait le dos pour m’apaiser, mais j’étais bien décidée à ne plus jamais travailler avec Olcott. » (2)

Il est bien regretable que Poor Little Peppina ne fasse pas partie de la rétrospective de la Fondation Jerôme Seydoux-Pathé. Une copie est conservée à la Bibliothèque du Congrès, à Washington DC et à la George Eastman House, à Rochester, NY. A voir ci-dessous :

(1) Kevin Brownlow, "Mary Pickford rediscovered"  (Abrams - 1999)

(2) Jack Spears, (Films in Review, 1966)


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Madame Butterfly (1914 - Famous Players)

Poor Little Peppina (1915 - Famous Players)


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