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Olcott va tourner 14 films durant
l'été 1911. Drames costumés, histoires sur la lutte des
Irlandais pour leur émancipation, romances sur fond
d'émigration, documentaires...

La taverne de Patrick O'Sullivan,
siège de la vie sociale à Beaufort, où se retrouvent
les O'Kalems, après les tournages.
Photo: collection Michel
Derrien, 1986.
Après une longue journée de travail à
Beaufort, les O'Kalems se retrouvent à la taverne, située
face à la pension de famille. « Une maison
vieille de 400 ans, le centre de la vie sociale.” (Woman’s Home Companion, janvier 1929, pp.
14 et 94.)
La soirée se passe à discuter avec les villageois et
les voyageurs, venus prendre une pinte de stout servie par
les filles du propriétaire. « Assis dans la
faible lumière du feu de tourbe, nous écoutions les
histoires de persécutions et d’expulsions, du bélier et
des cottages livrés au feu et les délires de la tyrannie
de l’Angleterre. Et bien que nous apprîmes plus tard à
tenir compte de l’imagination irlandaise et à prendre de
telles horreurs avec circonspection, c’était très bon
pour les films que nous tournions. Nos sympathies
étaient stimulées pour donner de la conviction à nos
personnages…” (“Blazing
the Trail”, manuscrit, p. 119.)
Parfois « Eddy O’Sullivan, l’aîné des
fils prenait sa place devant la cheminée, inclinant son
long corps mince de côté et de dos, avec ses yeux pâles
cherchant le plafond, chantait sur un ton monocorde
d’une voix faible et caverneuse l’émouvant chant
patriotique A Nation Once Again1.
Le contraste entre les mots et la manière dont ils
étaient prononcés était étonnant, pour nous, acteurs.
Mais c’était aussi pathétique. Pauvre Irlande, si tous
ses patriotes chantent au lieu de faire le coup de feu,
je crois qu’il faudra beaucoup de temps avant qu’elle
accède à ses désirs les plus chers.” (“Blazing the Trail”, manuscrit,
p. 112.)
Les O’Kalems se sentent intégrés. « À
vivre ici parmi les paysans, loin de toute ville et du
confort moderne, ne voyant et n’entendant rien d’autre
que ces gens de cette région isolée du défilé, nous
n’étions pas loin de devenir Irlandais nous-mêmes.” (“Blazing the Trail”, manuscrit,
p. 118.)
1. Titre d’une célèbre ballade
irlandaise toujours très populaire, écrite par Thomas
Osborne Davies (1814-1845), fils d’un chirurgien
militaire anglais, poète mais aussi leader du mouvement
nationaliste Jeune Irlande.
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La taverne de Patrick
O'Sullivan, existe toujours. L'endroit a bien changé
depuis 1911 et l'arrivée des Américains, faiseurs de
films. Elle s'appelle aujourd'hui The Beaufort Bar. C'est un pub
et un restaurant. On n'a pas oublié les O'Kalems. Des
reproductions de photos des films d'Olcott provenant
de la collection de la Muckross House, sont exposées
dans l'établissement.
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